Délégationde La Réunion

La Réunion : le Secours Catholique au chevet des victimes du cyclone

Le Secours Catholique mobilisé

publié en janvier 2014

Jeudi 2 janvier, le cyclone tropical Bejisa touchait l’île de la Réunion. Dévastant des zones entières, il a laissé la population locale, notamment à l’Ouest, démunie. Mobilisé dès la réouverture des routes, le Secours Catholique de La Réunion s’organise pour venir en aide aux victimes, appuyé par un fonds d’urgence de 50 000 euros débloqué spécialement par l’association. Interview de Germaines Bourdais, déléguée du Secours Catholique de La Réunion.

Une semaine après le passage du cyclone, quelle est la situation pour la population ?

De manière générale, l’urgence a été bien gérée par les mairies et les communes. Elles ont, il ne faut pas l’oublier, une certaine expérience des cyclones, car il y en a tous les ans, même si tous ne sont pas aussi forts. Dès les premiers jours, les mairies ont eu une vraie réactivité pour nettoyer et dégager les routes. Certaines ont même élagué les arbres des particuliers, pour éviter qu’ils ne produisent de nouveaux dégâts. Nous avons aussi eu de la chance : après le passage du cyclone, il a fait beau et les gens ont pu nettoyer, faire sécher leurs affaires, cela a facilité la remise en route rapide.

La côte ouest, c’est-à-dire les communes de Saint-Leu et de Saint-Paul, a été particulièrement touchée. De même, ce que l’on appelle les « Hauts » ont souffert du cyclone, c’est la région au centre de l’île qui est plus montagnarde, une zone très rurale. Ce sont les zones où nous sommes les plus présents aujourd’hui.

Comment le Secours Catholique de La Réunion est-il mobilisé sur cette région ?

À Piton Saint-Leu, sur la commune de Saint-Leu, nous intervenons en partenariat avec la mairie. Nous rendons visite à plusieurs personnes qui en avaient fait la demande : une vingtaine de bénévoles, par groupes de deux, sont mobilisés pour cela.

La municipalité, quant à elle, s’est engagée à réparer quand elle le pouvait les toits qui fuient chez des particuliers. C’est très important car maintenant, il faut que les maisons puissent sécher.

Le soutien dans la ville de Saint-Paul, située à 25 km au nord de Saint-Leu sur la côte, est-il le même ?

Dans cette commune, nous participons aussi à une coordination avec la mairie et les associations. La typologie des habitants est particulière : 50 % de la population touche le RSA et n’a pas les moyens d’avoir une assurance maison. Ce qui veut dire que l’état de catastrophe naturelle (qui sera déclaré en fin de mois, a annoncé mercredi le ministre des Outre-mer, Victorin Lurel, ndlr) n’amènera pas de compensation financière aux pertes de ces habitants.

En revanche, nous allons les aider à remplir un dossier pour le Fonds de solidarité outre-mer, qui doit être rempli dans les trois jours ! Grâce à ce fonds, les personnes qui n’ont pas d’assurance sur leur maison ou leurs cases devraient pouvoir bénéficier d’une aide forfaitaire prioritairement après cette catastrophe naturelle.

Nous allons aussi, dans l’attente de l’arrivée du financement de ces fonds – qui peut prendre plusieurs mois –, pallier le manque de petit matériel indispensable pour la vie courante comme frigo, lit, gazinière.

Avez-vous été sollicités pour intervenir dans certaines villes ?

Dans les Hauts, au centre de l’île, la ville de Salazie nous a contactés. Mardi, nous y sommes allées avec la présidente de la délégation et la responsable urgence de Saint-André, la commune urbaine la plus proche. Le maire nous a fait part du besoin urgent de bâches, de matelas et de couvertures pour certains habitants, très défavorisés, car il pleut encore beaucoup en altitude. Nous devons leur rendre visite rapidement pour pouvoir établir une commande et recevoir les objets le plus vite possible. De son côté, la municipalité a assuré qu’elle allait couvrir les lieux qui le nécessitent par des bâches et fournir les foyers en gazinière et frigo.

Dans cette commune, beaucoup de familles ont été touchées, que ce soit dans leur habitat ou leurs terrains agricoles. Quand nous sommes montés jusqu’à Salazie, nous avons vu tous les champs de chouchous et de tomates détruits.

Nous avons ensuite rencontré une famille qui a perdu tous ses moutons, chèvres et poulets. Nous allons essayer de voir comment les aider très rapidement, par exemple, en rachetant un petit cheptel afin qu’ils ne restent pas sans revenus trop longtemps. Il est important de proposer des solutions à ceux qui ont perdu leur outil de travail.

Distribuez-vous de la nourriture aux victimes du cyclone ?

Nous apportons un soutien alimentaire avec une distribution de bons alimentaires. Ils viennent en complément des distributions de colis alimentaires qu’ont pu faire d’autres associations. Ces bons, en place depuis un certain temps maintenant, s’appuient sur un partenariat avec des commerçants locaux et nous permettent de répondre au besoin des familles tout en respectant leur dignité.

Ce mode d’aide permet une adaptation pour les personnes bénéficiaires : elles peuvent choisir des produits qui ne sont pas dans les colis ou acheter des produits hygiéniques. Par exemple, une femme que l’on a rencontrée lundi a reçu un colis avec des boîtes de conserve mais à cause d’allergies, elle ne peut pas en manger. Avec le bon, elle peut s’acheter des produits adaptés.

Pour faire face à cela, toutes les équipes du Secours Catholique sont-elles mobilisées ?

Tout à fait. Dès samedi, premier jour où les gens ont pu circuler, l’équipe urgence d’une vingtaine de personnes a commencé par appeler les mairies et les CCAS pour connaître les besoins. Ensuite, dès la fin du week-end, les équipes locales l’ont rejointe. Elles ont pris contact avec les personnes qu’elles suivent pendant l’année. Et toutes les équipes de visites à domicile – une activité très répandue dans notre île – se sont mises en œuvre pour assurer des visites. L’équipe urgence est donc très en lien avec les équipes locales, qui connaissent bien le terrain.

Nous avons ainsi une couverture locale de proximité et des personnes formées à l’urgence qui viennent en soutien. Les deux travaillant ensemble dès maintenant, quand l’équipe urgence se retirera, les équipes locales seront au fait de leurs actions – y ayant participé – et il n’y aura pas de rupture.

Propos recueillis par Sophie Lebrun

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